Le pitch : L’outil informatique fait gagner du temps. Dans le secteur tertiaire, il a révolutionné la façon de travailler. Il est partout, intégré à toutes les activités. Depuis qu’il existe tous les acteurs de l’entreprise l’apprivoisent. Mais est-ce sans conséquence ? Cet outil impartial, strict et borné est-il compatible avec l’activité humaine, partiale, évolutive et créative ?
Le décor : Un bureau, une plante verte, un siège, de la moquette verte ou bleue, une lumière naturelle douçâtre, filtrée par des stores dont le réglage demande un bac+3 minimum, accentuée par une lumière artificielle légèrement agressive, bleutée… Et posé en maître sur le bureau, un ordinateur.
Autour de l’écran, des outils qui jadis tenaient le premier rôle : le bloc note dactylo, le stylo Bic®, un crayon à la mine parfaitement appointée, et le fameux Post It®.
Les personnages : Ce pourrait être n’importe qui : assistant(e), ingénieur(e), DRH, etc. Tous les niveaux de la hiérarchie sont concernés par l’outil informatique.
La scène : Assis(e) devant le poste informatique, à effectuer des tâches courantes de manière automatique, comme les mails ou la gestion du planning, ainsi que du traitement d’informations plus complexes, comme les mails ou la gestion du planning (non, il n’y a pas d’erreur, vous verrez par la suite, un seul outil permet d’atteindre plusieurs niveaux de traitement de l’information).
Les éléments perturbateurs : Outre les problèmes d’organisation spatiale de l’environnement de travail, facteurs de pénibilité physique (TMS, etc.), l’outil informatique apporte une pénibilité plus sournoise car invisible. C’est ce qu’on appelle la charge mentale dans les sciences de la connaissance ou en ergonomie. Dans le langage courant on parle de stress. Plus le volume d’informations à traiter augmente, plus la charge mentale croît. Les manifestations sont variables d’un individu à l’autre : certains l’expriment librement dans leurs mots, d’autres le gardent pour eux et leur corps s’exprime pour eux. Dans tous les cas, le stress n’est pas bon. Il dégrade le bien-être et atteint l’intégrité physique et morale des personnes.
Ce qu’en dit la loi :
Le code du travail français ne dispose pas de réglementation spécifique à la prévention du stress au travail. Cependant, en application de la directive-cadre européenne 89/391, la loi française définit une obligation générale de sécurité qui incombe au chef d’établissement (article L4121-1 du Code du travail). Outre ces dispositions générales, le chef d’entreprise pourra s’appuyer sur des réglementations particulières visant la prévention de certains risques susceptibles de constituer des sources de stress, à savoir :
- la prévention des risques dus au bruit (Décret 2006-892 et modifications du Code du travail : Articles R4431-1 à R4431-4 et suivants du Code du travail),
- la prévention des risques liés au travail sur écran (Articles R4542-1 à R4542-19 du Code du travail),
- les dispositions réglementaires relatives à certains modes d’organisation du travail afin de limiter les effets pour les salariés (travail de nuit, travail en équipe de suppléance et travail posté),
- les dispositions relatives aux relations de travail (principe de non-discriminations, non-discrimination syndicale, interdiction du harcèlement moral et obligation de le prévenir).
Le travail sur écran : l’expression est citée dans les directives-cadre. Voilà notre élément perturbateur. C’est lui qui est responsable du plus grand nombre de troubles dans le secteur tertiaire.
Nous allons voir comment ce travail sur écran cause du stress, au travers d’une chronologie retraçant la journée de Mme D., responsable d’un plateau de télémarketing.
Chronologie du stress, partie 1 : début de journée de Mme D., 08h30.
Mme D. arrive sur son lieu de travail. Il est 08h25. Elle n’aime pas être prise en défaut sur l’horaire d’arrivée au bureau. Elle commence par réveiller son poste informatique en secouant la souris frénétiquement, ni assise, ni debout. Après avoir tapé son mot de passe d’ouverture de session elle lance l’application « pointeuse ». Il est 08h28. Elle clique sur « Valider mon heure d’arrivée ». Il est 08h29. Ouf ! Elle n’est pas en retard.
Maintenant elle peut dire bonjour correctement aux autres membres de son équipe, en se déplaçant vers eux. Ils font de même, parce qu’ils ont pointé eux aussi. Grâce à l’outil « pointeuse », elle sait à quelles heures arrivent ses collaborateurs. Elle « manage » 23 personnes. La gestion de la paie est plus simple. La gestion des sanctions aussi. Non seulement cet outil oblige à arriver à 8h25 pour une paye effective à partir de 08h30, mais il supprime aussi le moment social qui existait autour d’une pointeuse collective, non individualisée. En arrivant au bureau, on dit bonjour à son ordinateur avant de le dire aux personnes.
5 minutes pour effectuer une tâche qui prenait quelques secondes, la perte du lien social dès le début de la journée… Où est le progrès ?
La journée commence mal !
@ bientôt pour la seconde partie : démarrage des outils informatiques pour la journée, 08h35.
