Application ou site responsive ?

Une question de contenu ? Article de journal, e-commerce, service, jeu…

Représentation des différentes interfacesApplication ou responsive ? Autrement dit, le navigateur d’un terminal mobile (smartphone, tablette) peut-il convenir à tous les usages, ou faut-il passer par une application ?

La sécurité : les technologies web permettent de sécuriser les transactions de manière efficace. Seulement, les protocoles ne sont pas forcément disponibles sur les versions mobiles des navigateurs. L’application est souvent nécessaire, mais pas obligatoire (cf. sites des organismes bancaires qui permettent un accès aux comptes à vue depuis leur version mobile, sans passer par une application dédiée).

Le ludique : là, pas de doute, aujourd’hui il faut une application. Peut-être que les évolutions des langages web permettront un jour de développer des jeux…

L’affichage, le graphisme, l’architecture de l’information : navigateur et application font jeu égal, mis à part d’anciennes versions de navigateurs mobiles qui ne permettaient pas l’affichage en plein écran.

Le contenu : c’est le même ! Si on se place du point de vue des utilisateurs, pour des sites éditoriaux (journaux, blogs), le contenu que l’on retrouve sur un site adapté à plusieurs terminaux est identique à celui que l’on retrouvera dans une application. Sauf que ce contenu sera organisé différemment, et ne permet pas forcément de faire ce sur quoi le web est fondé : les liens hypertexte. Une application permet rarement de suivre un lien vers une autre page. On y est enfermé. Ce qui était transparent pour l’utilisateur avec une page web ne l’est plus avec les applications. Passer d’un contenu à l’autre devient fastidieux.

L’utilisabilité, l’accessibilité : sur le blog Tom Morris, on trouve une description du parcours de l’utilisateur pour accéder au contenu d’une application, traduite en français par Framablog :

Comment lisions-nous les informations à l’époque du Web :

  1. Aller sur le site du journal.
  2. Cliquer sur l’article.
  3. Lire.

Voici comment nous lisons les informations à l’ère des saloperies d’applications iPhones inutiles :

  1. Aller sur le site web.
  2. Être informé que vous n’êtes pas autorisé à lire le site web.
  3. Être redirigé vers un App Store.
  4. Télécharger l’application.
  5. Attendre tandis qu’un fichier de plusieurs megaoctets se télécharge sur votre capricieuse et onéreuse connexion 3G.
  6. Ouvrir l’application.
  7. Se familiariser avec une interface dont les touches sont d’une intuitivité obscure qui ne nous a pas été dévoilée et d’une utilisation subtilement différente des autres applications similaires.
  8. Lutter contre l’indicateur d’état mal implémenté d’une roue dentée de chargement (sur iOS) ou une barre de progression clignotante (sur Android) parce que vous avez eu l’audace d’utiliser votre appareil mobile sur une connexion lente ou incertaine.
  9. Tenter de trouver l’article que vous souhaitiez lire dans une mise en page et une architecture informationnelle qui sont totalement différentes de la mise en page et de l’architecture informationnelle du site web auquel vous vous êtes habitué, parce qu’un enfoiré a décidé que lire l’équivalent électronique d’un journal doit être une « rupture technologique » (car il a lu bien trop de Seth Godin, Pape du marketing NDLR, et autres foutaises).
  10. Réaliser que l’application ne vous montre pas la même chose en mode paysage ou portrait. À vous les joies de passer pour un gros obsédé dans le métro en tournant votre iPad dans tous les sens pour mieux zoomer sur la pin-up de la page 3.
  11. Ne pas être capable de partager avec vos amis parce que ce n est pas une page web avec une URL. Parce que pourquoi avoir besoin d’URL quand vous avez de beaux et brillants boutons sur votre téléphone?
  12. Perdre du temps pour télécharger les fichiers binaires à la prochaine mise a jour (automatique) de l’application sur l’App Store, afin que vous ayez cette « nouvelle fonctionnalité », même s’il n’y a aucune putain de fonctionnalité qui vous intéresse, si ce n’est de pouvoir (enfin) lire ces putains d’articles.
  13. Si vous utilisez Android, installez d’abord un logiciel anti pub au cas où l’application s’installerait avec quelques délicieuses pubs qui s’introduisent dans vos données personnelles.
  14. Abandonner, aller au kiosque le plus proche, acheter la version papier, balancer son smartphone depuis la falaise la plus proche et démarrer une campagne de dénigrement contre tous les idiots qui pensent que mettre l’info dans une application mobile est une bonne idée.

Je ne voudrais pas télécharger une application de la BBC ou de la NPR (National Public Radio) pour mon ordinateur. Pourquoi en voudrais-je une sur mon téléphone ? Dois-je acheter un nouveau poste de radio à chaque fois que je veux écouter une nouvelle station ? Non. La fonctionnalité est la même, la seule chose qui diffère, c’est le contenu.

Les applications mobiles doivent fournir une fonctionnalité réelle, et pas seulement des bouts de contenu encapsulés dans des fichiers binaires.

Pourquoi tant de succès pour les applications ?

AppCountdownAppleLes applications se sont téléchargées par milliards ces dernières années !

La faute à qui ? Aux utilisateurs qui pensent que l’application est mieux sécurisée qu’un site ? Aux éditeurs qui veulent absolument vendre des services, quitte à braver la neutralité du web et limiter les accès aux autres contenus ? A l’éditeur du système d’exploitation (iOS, Android, WP, etc.) qui veut contrôler les contenus diffusés sur les terminaux ? A la presse spécialisée IT qui a longtemps critiqué les applications qui ne fournissaient qu’un lien vers le site mobile ?

Une partie de ce succès est imputable aux utilisateurs, que ce soit par les nouvelles habitudes d’utilisation d’une interface mobile, ou par le suivi de recommandations de la presse ou des éditeurs qui ont poussé cette solution de tous leurs moyens.

Du point de vue des utilisateurs d’applications mobiles, l’icône de l’application remplace le marque page (favoris, page préférée, selon le navigateur utilisé), moins aisé à utiliser sur un petit écran. Le consommateur est friand de ces icônes. Leur accès est simple et quand il en supprime une, il a l’impression de désinstaller le contenu de l’application. Or ce contenu est impossible à désinstaller puisqu’il ne s’agit que d’une autre porte d’entrée vers le contenu web.

Aussi, le fait de devoir passer par la case AppStore ou PlayStore, où l’on a rentré son numéro de carte bleue à la première utilisation, rassure le client qui pense que l’application est sécurisée, contrairement au site internet. Le marketing l’a bien compris. L’icône est le moyen de marquer le terminal du client de son sceau, et de vendre des services complémentaires reliés au contenu diffusé. Ces applications sont aussi des portes ouvertes aux données personnelles, qui sont une mine d’or pour beaucoup de monde.

Bien sûr, sans le marketing, de nombreux contenus ne pourraient pas être créés, faute de financement (revenus de la publicité, achats de services associés, etc.). En ce sens, l’application est plus un modèle commercial qu’un choix technologique.

En conclusion, vive le responsive !

Aux éditeurs : laissez les utilisateurs respirer avec du responsive, quitte à proposer d’installer une icône sur la page d’accueil du mobile.

Utilisateurs : ne laissez pas vos libertés au placard et regardez à deux fois avant de télécharger une application qui pourrait aller fouiller un peu trop loin dans vos données personnelles, tout en vous enfermant dans un modèle de distribution commerciale.

Journalistes spécialisés : jouez franc-jeu et avouez que pousser la solution « application » dans vos articles vous a permis de gagner votre salaire. Votre employeur vit souvent des revenus générés par la publicité.

Le responsive reste la meilleure solution pour adapter du contenu à tous les écrans. Une application doit être développée et en entretenue pour chaque système, alors qu’un site responsive ne demande qu’un seul développement. Les utilisateurs, plus libres, finiront par vous le signifier de leur gratification.

Pour conserver l’impression de sécurité si chère aux consommateurs, des subterfuges existent comme la fausse application qui n’installe en fait qu’un lien vers le site mobile. Cela à l’avantage de placer une icône parmi les autres applications, mais de ne pas encapsuler le contenu. On laisse la liberté à l’utilisateur tout en mettant sa marque en avant.

A propos

Ergonome spécialisé en Interfaces Homme-machine, passionné par toutes les façons d'améliorer l'expérience utilisateur.

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Certifié Utilisable, Le blog !

Si vous êtes en train de lire ces lignes, c'est probablement parce que vous êtes intéressé(e) par la conception d'interfaces centrée utilisateur.
Au travers de mes interventions, j'ai pu constater que l'utilisateur est un être mystérieux, dont on ne sait pas grand chose. Vous trouverez ici quelques informations sur lui et sur la manière de le cerner efficacement afin de concevoir des interfaces utiles, utilisables et agréables.

Guillaume Wallez

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